hommage À qui l’on doit l’obtention du local du Masjid “Anwaar-é-Madînah” Paris 20ème

Marhoum (défunt) Bhye (frère) Abdool Russeed NUBEEBACCUS (de son patronyme) appelé communément “Bhye-Rashid-Nubeebaccus” est incontestablement considéré comme l’un des pionniers de l’acquisition du local du Masjid “Anwaar-é-Madînah” dans le 20ème arrondissement de la capitale française. Originaire de Rivière-du-Rempart (Ile Maurice), il arriva en France en 1970 et regroupa sa famille sur le territoire français deux ans plus tard. Il était un homme calme et respectable dans ses gestes et manières de parler et d’agir, bref d’un raffinement exemplaire.

Les plus anciens d’entre nous peuvent encore se souvenir du premier Grand Yawm-un-Nabi [s.a.w.] célébré en la présence Hazrat Mawlana Shah Ahmad Noorani Siddîqî sahab (a.r) aux alentours de 1975, à l’ancienne résidence de Bhye Rashid Nubeebaccus, rue Polonceau, Paris 18ème. C’est à peu près à cette même époque que fut formé le premier de nos jama’ats mauriciens à Paris, en l’occurrence l’A.M.M.F. (Association Musulmane des Mauriciens en France).

Depuis la célébration de ce Grand Yawm-un-Nabi [s.a.w.], l’idée sur la nécessité de posséder un local pour en faire un lieu d’ibaadats (prières) voire un Masjid (Mosquée) pour les mauriciens de Paris et la région parisienne, a beaucoup germé dans la tête de tant de frères dont ardemment, Bhye Rashid Nubeebaccus, ce fervent Sunni.

Sur le plan professionnel, faisant déjà fonctionner une boutique de confection à Paris, Bhye Rashid Nubeebaccus obtint en contrat de location un local, pour en faire sa fabrique de ceintures, sis au 27, rue Etienne Marey Paris 20ème. Depuis, au fond de lui, son niyyat (intention) était déjà en marche… Il entassa sa fabrique de ceinture à l’étage du bâtiment et procéda au nettoyage du reste du local (rez de chaussée et sous-sol) et à sa préparation pour usage d’ibaadats.

Il alla voir Imaam Mahmoud Hossenally (ce dernier réside toujours à Paris [Aubervilliers]) et négocia auprès de ce dernier de venir régulièrement au local pour tenir les namazs en jama’at (congrégation), surtout le Jummah et bien entendu d’autres programmes de deen tel que le Zikr, Khatams, Mawloûds etc. qui faisait rayonner ce local, devenu un véritable lieu de rencontre et de recueillement-d’ibâdats pour la communauté d’alors. Parallèlement il fit la jonction avec les dirigeants de l’A.M.M.F. dont il était membre, sur l’idée de pouvoir acquérir ce lieu à l’achat.

Un nouveau passage de Hazrat Mawlana Noorani sahab (a.r) à Paris en 1986 fut une autre date importante, car c’est lors d’une cérémonie de Mawloûd sur place au local, qu’il fut le du’â, en fonction du niyyat (intention) de Bhye Rashid, et le nom de “Anwaar-é-Madînah” (“Lumières-de-Madînah”), en l’honneur du saint-Prophète [s.a.w.] fut également donné par Mawlana sahab. Un barakat (bénédiction) dont nous jouissons aujourd’hui de ses fruits…

Le chemin de l’acquisition était cependant encore loin… Une partie du local continua d’être utilisée pour les ibaadats (officiés par Imaam Mahmoud sahab) tandis que l’autre permettait de “rouler” la fabrique de ceintures. Cette année 1987 s’annonçait dure pour le commerce (business) de ceintures. [n.d.l.r., arrivée en France du Frère NoorMuhammad, auteur du présent article]. Tout en maintenant ses efforts envers le jama’at (AMMF) hésitant, dans l’optique d’un achat ultérieur, Bhye Rashid continua à payer le loyer (15.000 FF par trimestre) pendant un long bout de temps encore.

L’épouse de Bhye Rashid (auprès de laquelle, le frère NoorMuhammad a été recueillir les propos) nous raconte la vie familiale mouvementée que menait Bhye Rashid et les membres de sa famille (épouse, enfants et gendres) à cette époque. La famille terminait sa journée de travail à la boutique, mais au lieu de rentrer chez eux (comme le faisait la plupart des gens), ils ralliaient eux le “Masjid” pour effectuer le nettoyage des lieux jusqu’à des heures tardives… le petit dernier n’avait que 3 ans… À la maison, le dîner n’était pas encore préparé… mais la détermination de Bhye Rashid était plus forte…comme-ci il savait que le temps lui était compté… il disait lui-même qu’un lieu où les ibâdats devenaient réguliers ne pouvait pas se laisser sâlir… les zikrs se faisaient régulièrement les jeudis soirs et ils ne fermaient le local tous les soirs qu’après le namaz-é-’Ishâ, voire plus tard encore.

Et comme-ci cela ne suffisait pas ! : Le voisinage, visiblement raciste, mécontent des activités religieuses qui s’y tenaient, se permettait de venir sâlir les abords du local… Bhye-Rashid prenait lui-même la peine de les nettoyer… oui, il était non seulement un homme de vision, mais aussi il n’hésitait pas à mettre la main à la pâte…

L’année 1990 s’annonçait difficile pour Bhye Rashid, tant pour son commerce que pour sa santé. Des périodes d’hospitalisations se succèdèrent. Le propriétaire du local (un israëlite) lequel Bhye-Rashid avait beaucoup fait patienter de par le passé, voulait enfin mettre en vente le local… mais au plus offrant ! (le grand public). Bhye-Rashid sentait là un tournant dans l’histoire du jama’at et surtout de sa vie… et alla tenter une ultime négociation avec le propriétaire des lieux, le tout sur fond d’état de santé fébrile.

L’épouse de Bhye-Rashid nous conte qu’elle se souvient parfaitement de cet évènement particulier et inoubliable : Son époux (Bhye-Rashid) alors hospitalisé à l’hôpital Lariboisière (Paris 10ème), quitta “furtivement” son lit d’hôpital un soir et emmena toute sa famille pour un périple lointain. Madame Nubeebaccus nous raconte qu’ils ont voyagé toute la nuit vers la province pour y arriver le lendemain matin enfin à la résidence du propriétaire. Et là Bhye-Rashid lui a convaincu (à l’arraché) d’attendre la proposition d’achat de “ces mauriciens” de bonne foi… L’épouse de Bhye-Rashid se souvient du propriétaire posant la main sur l’épaule de son mari en disant ces mots : “Monsieur Nubeebaccus, écoutez moi, ces mauriciens, je ne les connais pas, mais vous, je vous connais, et je vous fais donc confiance !…”. Alhamdu-lillaah, l’affaire était gagnée d’avance. Allah ta’ala a fait qaboûl (exaucé) le niyyat (intention) pur de celui qui était sincère… Citons ce hadîth qui dit que Celui qui construit ou fait construire dans ce monde une maison pour Allah (masjid), Allah construira pour lui une maison au Paradis !”. Oui, Bhye Rashid Nubeebaccus, était de ceux-là, ces élus pour qui, entre autres, ce hadîth met à l’honeur.

Notre pionnier, Bhye Rashid Nubeebaccus nous quitta [innaa lillaahi wa innaa ilaÿhi raaji’ounn] le 14 Juillet 1997 (9 Rabbi-ul-Awwal 1418) dans la nuit du lundi à mardi. Et quel grand taqdîr (destinée) puisque c’était en pleine occasion même du Yawm-un-Nabi [s.a.w.]. Son mayyat fut sorti, en présence de Mawlana Syed Ahmad Ashrafi Jîlânî sahab [Bhye-Rashid avait toujours beaucoup d’attachement envers les ‘Aalims], le mercredi 16 Juillet 1997 de son domicile de la rue Polonceau, ce même lieu du premier Grand Yawm-un-Nabi des années 1975… Bhye Rashid Nubeebaccus se repose donc au qabarastaan (cimetière) de Thiais (94320) dans la section n°93, ligne 16, qabar (tombe) n°22. Nos plus jeunes pourront lui faire un ziyaarat (pieuse visite).

Chezdeen.com a tenu à rendre ici un vif hommage à Marhoum (défunt) Bhye Rashid Nubeebaccus sahab et que nos plus jeunes générations, qui ne l’auront pas connu ou côtoyé, soient informés sur cette personnalité clef et exemplaire sur le plan du deen de notre communauté en France. En attendant que nous nous retrouverons tous au jour dernier. Que la grâce d’Allah soit sur Marhoum Bhye Rashid Nubeebaccus, qu’Allah ta’ala hausse son darja (rang) et lui accorde sa juste récompense, Ô combien méritoire. Aamîn !

Chezdeen.com tient à remercier la famille Nubeebaccus, pour leur collaboration quant à la conception et leur autorisation pour la mise en ligne, de cet article