Un bref aperçu de ce que fut la mission de

Hazrat Mawlânâ Shah Muhammad ‘Abdul ‘Aleem Siddîqî al-Qâdiri al-Madani [r.a.]

C’est avec un profond chagrin et une immense peine que le monde musulman sunnite avait appris le wafât (décès) de son Eminence Hazrat Mawlânâ Shâh Muhammad  ‘Abdul ‘Aleem Siddîqî al-Qâdiri (que la grâce d’Allah soit sur lui et que son âme repose en paix !), survenu à Madînah-sharîf le 22 Zil-Hijjah 1373 Hijri, 22 Août 1953, à l’âge de 63 ans lunaire [61 ans solaire], âge sunnah de mourir.

Né à Meerut (Inde) le 3 avril 1892 correspondant au 15ème Ramadwaân 1310 Hijri, son père le grand savant Hazrat Mawlânâ Shah Mohammad ‘Abdul Hakîm Siddîqî  lui donna le nom de Muhammad  ‘Abdul ‘Aleem Siddîqî  [‘Aleem se prononce ‘Alîm] et il devint en effet un grand ‘âlim (érudit, savant) de réputation mondiale. Sa famille était les descendants directes du 1er calife de l’Islam, Hazrat Abu-Bakr Siddîq , d’où son nom de famille “Siddîqî”.

Lorsqu’il compléta la récitation du Saint Coran au Madrasah Islamia Arabia, il n’avait que 4 ans et 10 mois. Après quoi, son père lui enseigna l’Arabe, le Persan et l’Urdu.

À l’âge de 9 ans, il étonna un grand auditoire, rassemblé à la Jummah Mosquée de Meerut en leur adressant pendant 90 minutes ! Il se révéla être un orateur inné. Plus tard il se distingua en prononçant des discours sans l’aide des hauts parleurs à des réunions où parfois le nombre d’auditeurs s’élevait à plus de 50.000 !

Vers la même époque de son enfance, il composa un poème en urdu dans lequel il laissa voir son ardent désir de parcourir le monde avec le message de l’Islam. Conséquemment très jeune, il commença à voyager et à l’âge de 23 ans, il présida en Birmanie la conférence Islamique sur l’éducation. Il visita presque tous les pays non-communistes, ainsi que l’Europe et l’Amérique. Il avait même visité la Chine avant la dernière guerre mondiale.

À l’âge exceptionnel de 16 ans, il obtint au collège National Arabe, son degré en Théologie avec la mention “distinction”. Cela lui suffisait pour entreprendre sa mission de Théologien, mais il décida de s’approfondir dans les sujets modernes, y compris le droit  pour mieux s’adapter aux exigences du temps. Conséquemment après avoir passé son baccalauréat (matriculation), il étudia pendant 4 ans la ‘graduation’, mais il ne négligea point son éducation religieuse et, à ses fins, il utilisa plus particulièrement ses vacances du Collège pour se progresser d’avantage sous l’égide des érudits (ulamâ) religieux, comme Hazrat Mawlana Shah Ahmad Razâ Khan de Bareilly (r.a), le fameux A’lâ-Hazrat !

Plus tard, lorsqu’il se rendit sur les lieux saints, il étudia l’exégèse du Saint Coran, Hadîths (traditions du saint Prophète [s.a.w.], le Tasawwuf  et les lois Hanafites, Shaféites, Hanbalites, Mâlikites sous la supervision de grands maîtres, tels que Shaykh Ahmad As-Shams du Maroc, Shaikh As-Senousi de Libye, Mawlana Abdul Baqi de Ferangi-Mahal. Encore étudiant, il enseignait la langue urdu aux anglais.

En 1919, il eut même l’occasion de donner des lectures sur «Fusoûs-ul-Fuqa» de Muhiyyuddin-Ibn-Al-Arabi dans la Sainte Ka’bah. Il donna aussi des leçons en Jalaalin (commentaire du Quraan sharîf) et Mishkât (hadiths du saint Prophète [s.a.w.]). Sa majesté Sharif Hussain de Hedjaz, qui fut vivement impressionné par les talents de son éminence, lui offrit le poste du “Nazîr-ul-Ta’limât” (Directeur de l’Enseignement). Il déclina l’offre parce qu’il avait une plus grande mission à accomplir : celle de servir l’Islam à l’humanité. Mais néanmoins il suggéra que des réformes fussent faites dans les écoles de l’état et demanda l’inclusion de certains sujets modernes tels que la Géographie, les Sciences, l’Histoire, et les Mathématiques.

Lorsqu’il retourna en Inde, il y travailla avec plus d’ardeur pour l’amélioration du système d’enseignement pour les musulmans. Il fonda la Jâmi’a-Milia à Poona, dont il fut le Directeur de 1920 à 1922.

Quand le Qaïd-é-‘Azam Mohammed Ali Jinnah forma un comité aux fins de préparer un plan pour la complète réorganisation du système d’éducation, le Mawlânâ collabora activement avec le prof. Dr Syed Zafar-ul-Hasan M.A, LL. B., Dr Phil. (Erlagen), D.Phil. (Oxon), le professeur A.B.A Haleem B.A (Oxon) et le Dr Afzal Husain Qadri M. Sc PhD (Cantab). Après l’établissement du Pakistan, on lui demanda de préparer les syllabaires pour l’enseignement de l’Islam dans les collèges de Karachi et de la Province du Sindh et aussi pour l’Université Arabe de Sindh, ce qu’il fit et ses syllabaires furent agréés par ces institutions.

Il se qualifia aussi comme un Hakîm (guérisseur) et prodigua des soins à des milliers de personnes gratuitement dans tous les pays qu’il visita. De plus, grâce à ses forces spirituelles de nombreuses personnes du Pacifique à l’Atlantique furent guéries de toutes sortes de maux. Durant son séjour à Maurice, des milliers de personnes venaient le voir de manière journalière pour alléger leurs souffrances. Son éminence les recevait avec un accueil paternel et une attention égale, quelque soit leur race, leur religion ou leur statut social. Il ne faisait aucune distinction entre un musulman, un hindou, un chrétien, un boudhiste, un juif ou toute autre personne.

En 1936, son Eminence eut l’occasion de rencontrer George Bernard Shaw qui apprécia vivement la séduisante façon de Son éminence de présenter les choses. Il s’exclama que jamais il n’avait entendu exprimer des si belles paroles sur l’Islam. Il exprima aussi le désir de pouvoir passer nombre d’années en la compagnie de Son éminence. En terminant Shaw dit à Son éminence que cette rencontre serait pour lui une des plus précieuses choses qu’il aura jamais fait.

Son éminence était un maître orateur et parlait avec facilité tant l’urdu (sa langue maternelle) que l’Anglais, l’Arabe ou le Persan. Parmi ses auditeurs se trouvaient de musulmans aussi bien que des chrétiens, des hindous et des adeptes de plusieurs religions. Il choisissait son sujet d’après la capacité intellectuelle de ses auditeurs. Il eut aussi l’occasion de parler à la B.B.C.

S’étant fait le champion pour la bonne harmonie parmi tous les croyants en Dieu, son éminence prit l’initiative de former une association de musulmans, de chrétiens, de juifs, d’hindous, de sikhs, de boudhistes. Une telle société fut formée à Singapore, sous le nom de “The Inter-religious Organisation”, avec les chefs religieux des différentes religions. Ce mouvement reçut l’appui du très honorable Malcolm Mac Donald, Commissaire général Britannique pour le Sud-Est Asiatique. Lorsque Son éminence se rendit à Londres, l’Archevêque de Canterbury envoya son Chapelain à sa rencontre et il le mit au courant de ses projets. Subséquemment, il eut l’occasion de discuter avec d’autres chefs religieux, des dirigeants de « Unitarian Churches, the World Congress of Faiths, the World Convention of Religions ».

Lors de son dernier séjour à l’île Maurice, il travailla à l’établissement d’un Dâr-ul-‘Uloûm (dit ‘Aleemiah) à Phoenix, pour l’avancement de l’éducation religieuse en même temps que l’éducation moderne jusqu’à la GCE. À cet effet, il posa en 1953, avant son départ pour Madînah-sharîf, la première pierre du bâtiment qui devait servir de Dâr-ul-‘Uloûm à Aleemiah. Il avait réussi à établir d’autres Dâr-ul-‘Uloûms dans divers pays.

Son éminence lutta pour la religion (deen) jusqu’à son dernier soupir. Il travailla pour l’avancement moral et spirituel ainsi que la paix, l’harmonie, la concorde et la fraternité dans le monde. Que chacun, qui aime l’humanité fasse son devoir. Telle était la mission de ce grand homme qui se déclarait toujours être le serviteur de l’humanité.

Sur le plan spirituel, il accomplit de nombreux miracles (karâmats) dont de nombreux ouvertement et ceci dans de nombreux pays qu’il visita. Ceux (parmi nos grands-parents) qui ont eu l’occasion de le voir, le côtoyer ou écouter ses discours, causeries, bayâns et assister à ses programmes, témoignent tous que Hazrat Mawlânâ sahab était un “Waliy-é-kâmil” qui signifie Ami-authentique d’Allah ta’ala ! Et c’est en sus, lui qui emmena le vrai Islam à Maurice et organisa son essor.

Après une dernière visite (ziyârat) au mazârr (tombeau) du saint Prophète [s.a.w.], Mawlânâ sahab quitta ce monde. Il se repose donc au fameux qabarastân de Jannat-ul-Baqi’, il se trouve même que le côté-tête de son qabarr (tombe) est placé face au qabarr côté-pied de Hazrat Bibi ‘Âïsha Siddîqa (r.a.), un grand signe sur le fait que Mawlânâ sahab soit dans la lignée des Siddîqî.

Que la noble âme de son éminence Hazrat Mawlânâ Shah Muhammad ‘Abdul ‘Aleem Siddîqî al-Qâdiri al-Madani [r.a.] repose en Paix. Et que l’on puisse encore bénéficier de ses enseignements. Âmîn !